Celle qui y était

Lorsqu’en 1910 Picasso s’inspire une fois encore de sa compagne, il saigne sa veine cubiste et obtient une métamorphose pour le moins anticonformiste. Alors que sur certaines photographies noir et blanc, l’on peut discerner des ressemblances troublantes entre le visage de Pablo Picasso (1881-1973) et celui de Fernande Olivier (1881-1966), cette fois la fragmentation a fait son œuvre destructrice. Sa muse est en effet méconnaissable dans cette « Femme assise dans un fauteuil », en raison d’un découpage puisant dans les lois de la géométrie. Mais bien qu’il soit omniprésent, le peintre malaguène n’est pas le sujet de l’exposition qui vient de débuter au musée de Montmartre. Certes Fernande Olivier  n’aurait sans doute pas connu la notoriété sans lui, mais l’accolage des deux noms pour composer l’intitulé de l’exposition n’est évidemment pas un hasard. C’est bien la première fois que l’on braque les projecteurs sur elle, ce qui suffit en soi à déplacer nos pas sur cette colline du Sacré Cœur où le plus vétéran des Parisiens se sent tout de même touriste. Continuer la lecture

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En deux mots

Les spécialistes des vieux papiers le savent, il est bien rare de retrouver un authentique télégramme, fût-ce le plus commun des « bleus », comme un faire-part ou des félicitations. Celui présenté aujourd’hui ci-contre est le fruit d’une heureuse conjoncture puisqu’il est signé Georges Clemenceau, « tigre » et homme d’État (1841-1929). En outre il est adressé à cet autre homme d’État qu’était André Tardieu (1876-1945). Et pour dire quelque chose de très banal, comme quoi le premier sera à Paris le samedi de treize heures à dix-sept heures et que si rien ne se fait durant ce laps de temps, il faudra laisser un petit mot. Daté du 6 octobre 1922, il montre que Clemenceau, en répétant deux fois « chez moi » ne faisait pas trop dans la synthèse en vue d’épargner ses sous, car ce genre de missive était payée au mot, ce qui en conduisait d’autres à faire plus court. On se souviendra peut-être de Gabin dans le « Baron de l’écluse » (1960), ajustant au guichet de la Poste un message d’ultimatum assorti d’une menace de duel, avec les quelques sous qu’il lui restait en poche. Continuer la lecture

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Copies confidentielles

Où l’on apprend par la voix d’une certaine Jeanne Anger qu’une efficace façon d’attirer Apollinaire était d’évoquer la perspective d’une bonne pâtisserie. Cette amie de Marie Laurencin (artiste et amante d’Apollinaire durant un certain temps) écrivait au poète. En post-scriptum et dans une autre missive de mars 1913, elle ajoutait avec une gaie légèreté: « Je suis plongée dans vos bouquins, j’en suis au troisième. Je regrette seulement de ne pas avoir un amant bien portant en ce moment. » C’est tout un volume de correspondance féminine avec l’auteur de « Alcools » qui vient d’être publié chez Honoré Champion. Cet ensemble intéressant à plus d’un titre, provient d’un fonds localisé à la Bibliothèque interuniversitaire de Montpellier. Les photocopies de lettres reçues ont été inventoriées par Victor Martin-Schmets, à l’origine de cette précieuse édition. Laquelle contient des correspondances signées par des femmes ayant compté dans la vie d’Apollinaire et enregistrées comme telles (Annie Playden, Marie Laurencin) et d’autres moins conséquentes, moins connues, mais c’est ce qui fait tout la rareté et tout le sel de cette édition. Continuer la lecture

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C’est dans cette «bicoque» qu’est né le Boléro de Ravel

En 1921, Maurice Ravel a 45 ans. C’est un compositeur connu et reconnu, mais il ne jouit pas encore de la célébrité mondiale que lui conférera quelques années plus tard le fameux « Boléro ». Avec son frère Édouard, dont il est très proche, il doit quitter l’appartement parisien de l’avenue Carnot où est décédée sa mère en 1917, disparition dont il ne se consolera jamais vraiment. Par ailleurs, les médecins lui recommandent de s’éloigner de Paris pour raisons de santé, afin d’échapper aux miasmes de la grande ville et retrouver l’air sain de la campagne. Il demande alors à la fille d’un ami critique musical, Georgette Marnold, de lui trouver «une bicoque, à 30 kilomètres au moins de Paris» en ajoutant, sans doute avec une pointe d’humour : «Je pense quelquefois à un admirable couvent en Espagne, mais, sans la foi, ce serait complément idiot.» Le choix s’arrête sur une villa assez originale de Montfort l’Amaury, en Seine et Oise (aujourd’hui Yvelines) à une cinquantaine de kilomètres de Paris, petite ville déjà fréquentée par le beau monde de l’époque. Continuer la lecture

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Une minute d’arrêt en gare

En 1998 une partie de la gare de Limoges-Bénédictins a été calcinée par un incendie majeur. Elle a été remarquablement rénovée depuis. Et c’est tant mieux. Parce que les habitants de Limoges y tiennent beaucoup et que d’une façon générale, la plupart de ceux qui ont eu l’occasion de la découvrir à l’occasion d’un déplacement en Haute-Vienne ou d’y prendre l’heure à son campanile, restent marqués par le souvenir de sa masse imposante et de son style disons pluriel, fourré à l’Art-déco. Cette gare qui a vu passer le premier train vraiment rapide d’avant le TGV, soit le fameux Capitole, vient d’être désignée la plus belle de France. Depuis quatre ans en effet que ce singulier « beauty contest » est organisé par la SNCF, c’est la première fois que celle de Metz est détrônée, mais il faut dire qu’elle n’était plus en lice. Ce qui a permis à l’édifice de Limoges de gagner cette année devant Saint-Brieuc et Troyes. Continuer la lecture

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Une Seine très musicale

Ouverture de la saison à la Seine musicale, le vaisseau de lumière arrimé au bout de l’île Seguin à Boulogne-Billancourt, ancien fief de Renault. Laurence Equilbey, la grande dame en résidence depuis l’inauguration en 2017, était à la baguette avec son orchestre sur instruments anciens Insula orchestra, fondé en 2012. La patronne, comme dirait Proust, avait concocté un de ces programmes reflétant ses goûts obstinés : Beethoven (1770-1827) et Louise Farrenc (1804-1875). Son compagnonnage avec Beethoven est bien connu, tout comme son enthousiasme pour Louise Farenc, compositrice oubliée du XIXème siècle. Sans compter son désir de nous faire entendre de jeunes artistes, en l’occurrence Lucas Debargue, pianiste français de trente-deux ans déjà très célébré. Continuer la lecture

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Bouffée de protoxyde d’azote au Petit Palais

Lorsque le Ministère des Affaires étrangères voulut, au début du 20e siècle, redécorer son ambassade viennoise, il fit appel à de grandes signatures d’artistes. Ce bien bel édifice, élégant en diable, méritait à juste titre les plus grands soins ce qui fait que l’édifice peut aujourd’hui se vanter d’être « la seule représentation diplomatique au monde de style Art Nouveau ». Outre des noms remarquables comme Majorelle (pour l’escalier), une série de douze tableaux censés illustrer « la vie et les inventions modernes » avait été commandée à un certain André Devambez (1867-1944). Pourtant séduisantes (détail de l’une d’elles ci-dessus), ses illustrations ne furent pas au goût des commanditaires. Elles avaient même été renvoyées en France avant que dans les années quatre-vingt, quelqu’un se ravise, renvoyant les belles images à Vienne. Elles donnèrent même leur nom au salon où elles ont été accrochées pour de bon. Il se trouve que André Devambez est actuellement exposé au Petit Palais lequel musée a été bien inspiré d’honorer ce touche-à-tout aimant à l’évidence s’amuser en travaillant. Continuer la lecture

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De l’art d’être «Fluxus»

Ben est là et content d’être là, à Blois dans ce café de la «Fondation du doute» (1) qui est en grande  partie son œuvre : Il est celui qui a imaginé et conçu ce lieu original et singulier qu’il anime régulièrement. L’histoire entre l’artiste et la ville commence en 1985.  Suite à la commande publique de la mairie de Blois et du ministère de la Culture, son «Mur des mots» prend place sur la façade de l’école d’art de Blois (ci-contre). Soit une installation spectaculaire de 313 tableaux/écriture réalisés en plaque émaillée qui sont autant de sentences sur la vie. Les mots comme matière première de la création artistique. Ben est depuis toujours un passionné des mots et des langues et a fait sienne cette théorie de Benjamin Lee Whorf en 1956  «Chaque langue est une vision du monde». Après le « Mur des mots » viendra « la Fondation du doute ». Continuer la lecture

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Cologne (Allemagne), Kölsch et Kultur dans une ambiance conviviale

Pour les amoureux de musées et d’églises, Cologne (Rhénanie-du-Nord-Westphalie) à 3h20 de Paris en train direct, mérite quelques jours de visite. Et, si son architecture manque parfois d’harmonie, ses habitants cordiaux et ses cafés et brasseries conviviaux lui redonnent tout son lustre. Rappelons à son défendant que la ville a été détruite à 95 % au cours de la Seconde guerre mondiale. En arrivant à Cologne, le train traverse un beau pont à arcs métalliques, le pont Hohenzollern, reconstruit en 1959 (ci-contre). Bâti en 1910, il avait miraculeusement échappé aux bombardements alliés, mais a dû être implosé par les Allemands pour empêcher les alliés de traverser le Rhin. Et dès la sortie de la gare la cathédrale se dresse devant nous tel un immense geyser de dentelles de pierre et de verre. C’est l’une des plus belles et des plus vastes cathédrales gothiques européennes. Qu’on en juge : longue de 144 m, large de 45, sa nef atteint 43 m de hauteur et ses tours 157 m. Continuer la lecture

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Anna ou la sculpture voyageuse

Serait-on en train de redécouvrir Anna Quinquaud, fille de la Creuse et sculptrice célèbre depuis les années 30, mais dernièrement quelque peu oubliée bien que ses œuvres soient visibles un peu partout ? Pionnière entre les pionnières, elle était bien présente lors de l’exposition remarquée du Musée du Luxembourg intitulée «Pionnières», qui s’est déroulée du 2 mars au 10 juillet cette année. Et voilà qu’on lui consacre un beau livre auquel Les Ardents Éditeurs de Limoges ont donné un format original (23,5 sur 16,5 cm), et ordonné le texte autour de six cahiers de photographies très diverses, famille, œuvres, voyages, demeures. Le livre s’ouvre page 4 sur la statue sur socle du visage délicat et rosé d’une petite fille au chignon avec cette légende : «Portrait de Marie-Benoîte, 1954, pierre rose de Séfrou, près de Meknès, Maroc. Coll. part.» L’avant-propos, très personnel, de l’auteure Marie-Josèphe Conchon nous révèle le mystère : «Anna Quinquaud (1890-1984) était une amie de mes parents. Je la vois encore à Casablanca lors de son séjour en 1954, sculpter le visage de ma plus jeune sœur enfant.» 
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