Un bout de conduite

Le parcours offre d’emblée une image de rêve aux petits garçons et surtout, sans doute, aux anciens petits garçons. Dans la mesure où il y a quelques décennies, la frontière était bien établie entre les poupées et les petites voitures. Jouer avec ces dernières était réservé aux garçons sauf à consumer le trouble plaisir de la transgression. La notion de plaisir est d’ailleurs tout juste mentionnée sur cette exposition temporaire organisée par le Musée des Arts et Métiers. Les moralistes du 21e siècle vouent en effet la bagnole aux gémonies et ils ne la tolèrent que dans la mesure où on peut les convaincre d’un emploi utile, si possible partagé. Les sorties à la campagne, au bord de la mer, à la montagne, seront peut-être un jour des actions clandestines même si les véhicules ne pollueront plus. L’évasion ne sera autorisée qu’en autocar avec un guide vocal chargé de faire la leçon aux passagers décarbonés de l’intérieur, sur les dangers de l’individualisme. Continuer la lecture

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L’énigme de la trompette marine

C’est la pièce la plus courte d’Alcools et sans doute de toute la poésie française. Sous le titre « Chantre », le poème ne possède qu’un seul vers, un alexandrin : « Et l’unique cordeau des trompettes marines ». L’ apparition soudaine de ce monostiche -puisqu’il faut l’appeler par son nom- après des poèmes d’une longueur “normale“, voire importante (300 vers pour La Chanson du Mal aimé) n’a pas manqué d’intriguer les lecteurs. Il constitue même une véritable aubaine pour les chercheurs, universitaires, critiques de tout poil, toujours soucieux d’apporter leurs contributions aux exégèses. Non seulement la brièveté du poème intrigue, mais le vers en lui-même reste mystérieux. Un professeur expérimenté parle de « bloc erratique » et de « vestige shakespearien » (B. Mirgain, dans un excellent blog) et encore d’un « vers-promontoire surgi de nulle part ». Mais la trompette (ci-contre) existe bel et bien. Continuer la lecture

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Un voyage des plus lunaires

Nous avons la chance, nous les Français, qu’un fils de chantre de synagogue allemand, un émigré nommé Jacob puis Jacques Offenbach, soit arrivé à 14 ans à Paris, ville où un musicien juif pouvait alors s’épanouir. Doué de génie musical et d’une oreille lui donnant un sens suraigu de la langue française, «le petit Mozart des Champs-Elysées» selon Rossini sut enchanter le public du Second Empire. Intraitable avec ses librettistes comme Meilhac et Halévy, il savait orchestrer et composer sur leurs paroles des airs à l’égal des plus grands. Nous avons vraiment de la chance, parce qu’après la défaite de Sedan, le génial Offenbach (1819-1880), traité volontiers de «Juif prussien», s’il dut s’exiler, daigna revenir les choses un peu calmées, pour se lancer dans les «opéras-fééries». Il composa d’abord un «Roi Carotte» de six heures, puis «Un voyage dans la lune» de la même durée, inspiré par Jules Verne qu’il oublia de prévenir. Le succès fut énorme, au point de considérer ces œuvres et d’autres comme des «blockbusters» oubliés. Il se joue en ce moment même à l’Opéra Comique. Continuer la lecture

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Parlez-vous le journaliste?

Arrivée à la croisée des chemins, ayant le vent en poupe et caracolant en tête des sondages, l’opposition ne connaît pas la crise. Soucieuse de faire entendre sa petite musique, elle en rajoute une couche en mettant les pieds dans le plat. Jouant désormais dans la cour des grands, elle invite le gouvernement, attendu au tournant, à revoir sa copie. Décidément, c’est un véritable bras de fer qui s’engage, dont l’issue paraît cependant incertaine, tant au royaume des aveugles les borgnes sont sourds. Car depuis que le projet est connu, l’inquiétude demeure, devant le test de la rue. Parallèlement, ironie de l’histoire, les syndicats, vent debout, dégagent en touche en renvoyant la balle dans le camp du ministre du travail, demeuré droit dans ses bottes. Puisque celui-ci fait la sourde oreille, ils n’entendent pas baisser les bras. Pas question de noyer le poisson en jetant le bébé avec l’eau du bain. Certes, ils affichent un front uni, mais pour combien de temps ? Continuer la lecture

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Deux grands reporters au pays des Soviets

Le recto trop austère cache bien son jeu. La quatrième de couverture (ci-contre) suscite au contraire l’envie d’en savoir plus, avec un lumineux tirage de Robert Capa et un résumé prometteur. Car à l’été 1947, l’écrivain John Steinbeck (1902-1968) et le photographe Robert Capa (1913-1954) décidaient d’aller visiter l’Union Soviétique malgré tous les ennuis qu’on leur avait promis. L’affaire s’était scellée dans un bar de New York, après moult cocktails. Si abondamment servis que Steinbeck précisait dès son premier chapitre que le barman était pour ainsi dire partie prenante du projet. C’est bien à deux cependant qu’ils s’envolèrent de Helsinki (Finlande) pour Moscou, munis de certaines autorisations. L’association de ces deux grands talents bien décidés à rapporter tout ce qu’ils verraient, a produit un livre captivant, pour la première fois traduit et publié dans son intégralité chez Gallimard. L’ouvrage est un genre de combo puisque l’œil de Steinbeck fait qu’il contient en outre, une sorte de reportage plein d’humour sur les us et coutumes de Robert Capa. Continuer la lecture

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Le grand retour de l’énigme

Mais qui est donc cet hurluberlu d’Américain qui s’obstine à ressusciter le film à énigme, que l’on croyait révolu depuis les années 1970 avec «Mort sur le Nil», «Le crime de l’Orient Express» ou encore «Le limier» de Mankiewicz? Et ce ne sont pas les récentes tentatives de Kenneth Branagh qui ont pu nous faire croire que le genre était revenu en grâce. Or un Californien nommé Rian Johnson, 45 ans, vient de faire mouche à deux reprises, avec «À couteaux tirés» et sa suite «Glass Onion». Après avoir tourné «Star Wars: les derniers Jedi», il a pris sa plume pour raconter, dans la pure tradition Agatha Christie, comment la famille d’un célèbre écrivain de polars se réunit dans son château pour célébrer son quatre-vingt-cinquième anniversaire, et comment on découvre le lendemain le cadavre de l’aïeul bienfaiteur et tyrannique. Grand succès au box-office, et il faut évoquer ce premier film à énigme, «À couteaux tirés», sorti en salle en novembre 2019, avant de passer au second «Glass Onion. Une histoire à couteaux tirés», qui vient de sortir sur Netflix sans passer par les salles en France, ce qui attriste Rian Johnson. Continuer la lecture

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Merveilles d’Ouzbékistan

L’exposition qui se tient actuellement à l’Institut du monde arabe, “Sur les routes de Samarcande. Merveilles de soie et d’or”, nous offre à voir des trésors qui n’avaient à ce jour jamais quitté l’Ouzbékistan. Nous voilà ainsi plongés dans le faste et l’éclat des cours des plus grands émirs du XIXème et du XXème siècles ! C’est une véritable caverne d’Ali Baba qui s’ouvre à nous : caftans d’or, de soie et de velours aux superbes coloris, apparat équestre d’une richesse exceptionnelle, vestiaire féminin aux couleurs chatoyantes, suzanis (1) et tapis de toute beauté, bijoux somptueux… Un véritable enchantement !
Situé aux confins de l’Europe et de l’Asie, au carrefour de plusieurs civilisations, l’Ouzbékistan, dont les villes légendaires ont pour noms Samarcande, Boukhara ou encore Khiva, hérite d’une histoire et d’une culture millénaires. Continuer la lecture

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Super woman

On lui prêtait la capacité d’adoucir le cœur des pécheurs, de vaincre le démon, la chair, la mort et quelques autres pouvoirs discrétionnaires. Du moins c’est ce qu’affirmait entre autres prédicateurs et chroniqueurs, le poète médiéval Hélinand de Froidmont, à propos de la Vierge Marie. Il imaginait la grossesse miraculeuse comme une « infusion de grâce » et certifiait qu’aucun péché n’avait pu entrer dans le « jardin clos, la fontaine scellée du corps et de l’âme de Marie ». Dans son livre longuement documenté, Rachel Fulton Brown démontre en quoi les auteurs de liturgies au Moyen-Âge, s’étaient inspirés du Cantique des cantiques, « magnifique poème d’amour contenu dans le canon biblique ». Une affaire au long cours puisqu’il a fallu pas moins de huit ans à cette professeur de l’université de Chicago pour venir à bout de cette thèse et quatre au frère Jonathan de Marie Joseph, carme déchaux au couvent de Toulouse, pour traduire les quelque 700 pages (avec les annexes) en français. Publié aux éditions Honoré Champion, le travail abattu suscite le respect. Continuer la lecture

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L’Afghanistan rêvé

Encore deux semaines pour se précipiter au musée Guimet à l’exposition «Afghanistan, ombres et légendes». Dans le contexte actuel, les moments passés là apparaissent comme miraculeux. À grand renfort de photos de sites de fouilles grandioses, de présentation de statues et d’objets aussi bien néolithiques que bouddhistes, indouistes, hellénistiques, islamistes ou chinois, d’abondants panneaux retracent de mystérieuses découvertes dans des lieux aux noms qui font rêver. Nous voilà embarqués dans un voyage stupéfiant, découvrant une contrée immense, insaisissable, en complète contradiction avec ce que nous en connaissons aujourd’hui. Il s’agit de célébrer à Guimet le centenaire de «La Délégation archéologique française en Afghanistan» (DAFA) datant exactement de 1922. Et quel meilleur guide pourrions-nous prendre que Joseph Kessel, qui s’était lancé à l’aventure sur ces routes impraticables où seules cheminaient les caravanes, et avait franchi les cols et les vallées les plus impénétrables lors de son voyage en 1956 (« Le Jeu du roi, Afghanistan 1956 », Texto). Continuer la lecture

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La vieille dame qui parlait aux oiseaux

Sur la petite scène du Mouffetard, devenu depuis peu Centre national de la marionnette, se jouait en novembre dernier un fort joli spectacle : “Suzanne aux oiseaux”. En ce début d’année, voici qu’après les dates parisiennes, celui-ci entame sa tournée. Adaptation fort sensible de l’album jeunesse éponyme de Marie Tibi et Célina Guiné (Éditions le Grand jardin, 2017), ce spectacle de marionnettes tout en poésie et délicatesse s’adresse en réalité autant aux grands qu’aux petits. Et si la lecture de l’album nous laissait la gorge nouée, sa version scénique, très réussie, est tout aussi poignante avec, en prime, une belle dose de fantaisie et d’humour. Drôlerie et nostalgie y font fort bon ménage. Créé et interprété par la comédienne et marionnettiste franco-britannique Emma Lloyd qui anime deux marionnettes portées à taille humaine, “Suzanne aux oiseaux” nous parle, entre autres choses essentielles, de la solitude, du temps qui passe, mais aussi et avant tout de l’amitié, de la force du souvenir et des sentiments qui perdurent par-delà la mort. Un spectacle d’une belle humanité. Continuer la lecture

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