Le fantôme de Saint-Cloud

Et dire que cette petite chose grise que l’on distingue dans sa châsse est sans doute un bout de radius ou d’humérus ayant appartenu à Clodoald, fils de Clodomir et petit-fils de Clovis. Il est mort très jeune le 7 septembre 560, à Novigentum hameau d’une cinquantaine de feux, aujourd’hui devenu Saint-Cloud dans les Hauts-de-Seine. On avait pourtant pris soin des restes de cet homme susceptible d’accomplir des miracles eu égard à sa relation directe avec Dieu. À la Révolution tout avait été saccagé, mais une dame assez rapide avait récupéré cet ultime échantillon afin de le restituer une fois les émeutes terminées. Cet os qui n’est pas à ronger laisse croire, par sa modestie, qu’il est authentique. Contrairement au Saint-Suaire de Turin qui reste malgré tout en vitrine, photographié tous les jours par des touristes crédules. Quand même, il y a de quoi être pris d’un léger vertige, devant ce mince vestige d’un prince né en 522,  ayant échappé à une mort violente grâce à son entrée en religion. Quinze siècles nous séparent de lui. Continuer la lecture

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Le coup de jeune de la bibliothèque Richelieu

La bibliothèque Richelieu a retrouvé tout son éclat après un travail de rénovation et de modernisation de choc qui a duré dix ans. Ce coup de jeune a notamment le mérite de rendre ce haut lieu de culture plus accessible au grand public. Grâce au décloisonnement, lecteurs et visiteurs peuvent circuler librement dans le grand hall du rez-de-chaussée. Là, l’élégante salle Ovale, désormais ouverte à tous, est une invitation à s’abreuver de culture dans un endroit lumineux et confortable. 20.000 ouvrages y sont mis librement à la disposition du public, dont la plus grande collection de BD en accès libre en France. On peut aussi s’y instruire en explorant la richesse des collections de la BnF grâce à des bornes de médiation intelligentes. Près de la salle Ovale, un bel escalier, œuvre contemporaine constitué d’une hélice ajourée en acier et aluminium vernis, mène au premier étage où se trouve le musée. Plus loin, une rambarde permet à tous de jeter un coup d’œil à la superbe salle Labrouste, réservée aux lecteurs accrédités, qui a inspiré la salle Ovale. Créée en 1868 par Henri Labrouste, cet espace était avant-gardiste : colonnes et structures en fer et fonte pour la sécurité des collections, lumière diffusée par verrières et oculites, poêles calorifères et chaufferettes aux pieds pour le confort des lecteurs. Continuer la lecture

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Apollinaire, chantre du pays flamand

Septembre 1918. La guerre existe depuis quatre ans quand le député du Nord Claude Cochin publie un appel à l’attention du gouvernement de la France et «des sommités intellectuelles des pays neutres» : «Notre cœur saigne en pensant à nos malheureux compatriotes victimes de l’odieuse brutalité du conquérant;  mais notre intelligence souffre en songeant aux trésors d’art livrés à des mains rapaces.» Aux irréparables pertes humaines s’ajoutait «l’inquiétude de voir les œuvres du genre humain mises en grand péril». Dans certains cas, la menace de voir l’ennemi s’approprier les chefs-d’œuvre artistiques des régions occupées avait déjà été mise à exécution. L’appel du député était largement justifié. Plus de soixante personnalités répondirent favorablement à l’initiative encouragée par le président de la République Raymond Poincaré et le président du conseil des ministres Georges Clemenceau. Parmi les signataires, on trouve de nombreuses célébrités de l’époque, notamment les peintres Émile Bernard et Maurice Denis, les écrivains Maurice Barrès, Tristan Derème, Fagus, Maeterlinck, Franz Hellens.  Également sollicité, Guillaume Apollinaire, engagé depuis le début du conflit, souscrivit avec enthousiasme à la demande et envoya au comité un poème spécialement écrit pour la circonstance,  “Souvenirs de Flandres “. Continuer la lecture

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Exil lunaire

Soixante-dix ans après sa première publication, on s’y laisse encore prendre comme des vieux bachibouzouks toujours prêts à remonter en selle. Alors que la NASA vient tout juste d’annoncer le nom des quatre astronautes qui iront en 2024, orbiter autour de notre astre en prévision d’une future installation au sol, « Objectif Lune » montre à bien des égards, comment Hergé avait balisé le trajet. Si cette BD nous réjouit encore l’âme en 2023, on peut imaginer l’étonnement et le plaisir des lecteurs de 7 à 77 ans à une époque où l’URSS n’avait pas encore lancé son satellite Spoutnik. Hergé avait donc une sacrée avance puisque le deuxième tome, « On a marché sur la lune » devait sortir en 1954 contre 1957 pour le drop de Spoutnik. Notre appréciation sur cet album évolue forcément, entre notre regard d’enfant et nos yeux devenus adultes. C’est sans doute ce qui contribue à écarter tout effet de lassitude. Et c’est vrai pour n’importe quel album de Tintin, ce reporter qui n’écrivait jamais, personnifiant ainsi l’idée du reporter en soi, du journaliste totémique, matriciel et référent. Continuer la lecture

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Une famille aux Tuileries

Le 6 octobre 1789, les Parisiens ramenèrent de force à Paris leur roi, sa femme et leurs enfants. Les revendications sur le prix du pain et la méfiance vis-à-vis du roi qui avait rappelé auprès de lui le régiment de Flandre avaient provoqué cette irruption violente du peuple à Versailles et la conduite sous escorte de la famille royale au Palais des Tuileries, au cœur de la capitale. L’événement intervenait après des mois d’agitation au cours desquels le pouvoir de la monarchie avait déjà été sérieusement ébranlé : transformation des États Généraux en Assemblée nationale, puis en Assemblée constituante, prise de la Bastille, abolition des privilèges. Louis XVI et Marie-Antoinette, désormais placés sous surveillance, ne reverront jamais Versailles. Pendant trois ans -mille jours-, c’est aux Tuileries que, de maladresses en irrésolutions, le roi verra s’atrophier jour après jour, puis disparaître de façon tragique le pouvoir et la monarchie millénaires dont il avait hérité. L’histoire s’incarne dans des lieux et non dans des livres. Le palais des Tuileries n’existe plus aujourd’hui car incendié par la Commune de Paris en 1871 et finalement jamais reconstruit, mais il restera une scène majeure de l’histoire de France. Pendant trois, ans, c’est à huis clos que s’y jouent les derniers moments d’une monarchie, mais aussi d’une famille entourée de ses derniers fidèles : domestiques, gardes suisses, proches comme le comte de Fersen, ami de la reine et aristocrate suédois. Continuer la lecture

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Paysages au flash

Lorsque les œuvres relevant de l’art contemporain auront fini d’aller chatouiller les limites du possible, gageons que le paysagisme et l’art du portrait opéreront un inexorable retour. C’est la réflexion qui peut venir à l’esprit en ce moment-même devant les peintures de Thomas Verny exposées au musée  Paul Valéry de Sète (Hérault). Bien que ses références en peinture s’accrochent à des grands noms comme Jean-Baptiste Corot, Félix Valloton, Albert Marquet ou Pierre-Henri de Valenciennes, il a indéniablement développé son style propre. Au moins sur ses plus grandes toiles où un agencement spécifique des couleurs locales, faites d’un savant mixage de matière vinylique et de pastel, confère à chaque résultat, chaque conjugaison, la mer bleue, les pins verts, les tuiles des toits rouges, un effet flashy propre à séduire. En revanche ses petits pastels sur carton ébranlent moins la rétine, mais au bénéfice d’un charme intimiste qui fait tout de même mouche. Continuer la lecture

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La leçon de peinture de Balzac

À la demande du marchand d’art Ambroise Vollard, Picasso avait illustré la nouvelle de Balzac (1799-1850) “Le chef-d’œuvre inconnu” (1831). Cette réflexion sur la création artistique et la notion de chef-d’œuvre ne pouvait que parler, il est vrai, au génie espagnol. À un siècle d’intervalle -l’édition d’Ambroise Vollard date de 1931-, le romancier et le peintre avaient ainsi uni leurs talents pour raconter l’histoire de Frenhofer, ce peintre exceptionnel et vieillissant qui cherche désespérément à atteindre la perfection avec un portrait de femme sur lequel il ne cesse de travailler depuis dix ans. Accéder au sublime à travers l’œuvre d’art, tel est le rêve que poursuit Frenhofer, la quête qui le mènera à sa perte. Le cinéaste Jacques Rivette avait, lui aussi, raconté l’histoire, à sa façon, avec son film “La Belle Noiseuse” (1991). Aujourd’hui, c’est sur la petite scène du Théâtre Essaïon, à Paris, que la comédienne Catherine Aymerie s’empare de la nouvelle balzacienne. Une leçon de peinture joliment menée ! Continuer la lecture

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Le goût suranné du travail bien fait

En 1996, à quelques semaines d’intervalle, le journaliste Philippe Lançon signait deux portraits plutôt inspirés pour Libération avec cette originalité d’écriture qui lui est propre. Sur l’actrice Marie Trintignant, évoquant plus particulièrement son rôle dans « Série noire » d’Alain Corneau, il disait qu’elle y faisait figure de « pauvre carabine à l’air déprimé ». Sur la photo en très gros plan (signée Luc Perenom) elle mord ses lèvres, ses yeux sont vert liquide, on reconnaît bien la femme décédée sous les coups de son compagnon en 2003. Le texte était titré  « Incertain sourire » et c’est assez amusant puisque le portrait suivant, six semaines plus tard, concernait Françoise Sagan laquelle, on le sait, avait publié un jour un roman intitulé  « Un certain sourire ». Là aussi, le personnage était parfaitement adapté à la plume de Philippe Lançon, écrivant par exemple que les mots de l’écrivaine fatiguée d’articuler étaient « comme des chauffards en fuite ». Ces deux profilages experts avaient été réunis parmi les meilleurs publiés par Libération aux éditions de la Table Ronde, en octobre 2010. Libération s’apprêtant à célébrer début avril ses cinquante années d’existence, il fallait bien trouver un angle original. Continuer la lecture

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Un quatuor au salon

Et si vous invitiez un quatuor dans votre salon ? C’est de plus en plus tendance, car il faut bien aider les jeunes musiciens qui n’ont pas la vie facile…. Il existe depuis longtemps des organisations proposant de programmer une soirée musicale chez soi, l’une des plus connues étant l’association caritative «Coline en ré» (visible sur internet), recueillant des fonds pour sauver des enfants dans le monde entier. Si on possède un piano, va pour un pianiste, sinon des virtuoses des cordes feront l’affaire. Il est plus rare d’inviter un quatuor de flûtistes, comme l’a fait récemment mon amie de longue date Ariane, de sa seule initiative. Tombée amoureuse de la flûte traversière depuis sa retraite (prématurée car cœur fragile), elle pratique depuis régulièrement, voire assidûment. Et comme pour les pros, elle est tombée il y a quelques années sur une professeure exceptionnelle qui lui a fait reprendre sa technique à zéro, une jeune argentine nommée Florencia Jaurena. Continuer la lecture

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Plaisante mais finalement vaine tentative de retrouver un gisant

Ce n’est sûrement pas tous les jours que quelqu’un se présente à l’accueil de l’ancien cimetière français de Mexico afin de s’enquérir de l’emplacement funéraire de Alberto Eugenio Giovanni de Kostrowitzky, le demi-frère de Guillaume Apollinaire. Mais voilà qui est fait, un peu plus de trois ans après que nous eûmes retrouvé sa dernière trace terrestre (1). Certificat de décès en main nous avions pu établir qu’il était décédé le 4 juin 1919 à 14h45 d’une septicémie-phlébite-typhus dans un hôpital français, au numéro 150 de la rue de l’hôpital. Le certificat précisait qu’il  était agent de négoce. Et que sa dépouille avait été enterrée au «Panteon Frances de la Piedad, Mexico, Mexique». Il restait à franchir l’Atlantique pour voir si par chance une stèle attestait toujours de cet événement grâce à un complice, ami lillois et lecteur des Soirées, Henri Vanderhaghen. Cent ans après, la probabilité qu’il restât quelque chose était assez faible mais il fallait vérifier. Chercher enclenche l’aventure et il ne faut pas négliger ce type d’occasion. Ce qui au passage, ne nous dispense pas de remercier le bienveillant commandité, dans un rôle équivalent à Harrison Ford dans « Les aventuriers de l’arche perdue ». Sans oublier une amie mexicaine qui s’était également déplacée pour faciliter les choses. Continuer la lecture

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