La fille Angot est de retour

L’Opéra Comique ou salle Favart est tout à fait dans son rôle en inaugurant sa saison avec «La fille de Madame Angot», le plus célèbre opéra-comique de l’ère «post Offenbach», signé de Charles Lecocq. Voilà donc la fille Angot de retour chez elle après 54 ans d’absence ! Créée à Bruxelles le 4 décembre 1872 puis donnée à Londres, l’œuvre fait ses débuts parisiens en mars 1873 aux Folies-Dramatiques pour 411 représentations, puis dans 103 villes provinciales, puis file ensuite à New York et toute l’Europe. Elle entrera au répertoire de l’Opéra Comique en décembre lors de la saison 1918-1919, et y restera jusqu’après la seconde guerre mondiale. Un bref retour au Théâtre musical de Paris, l’ancien Châtelet, sous la houlette de Jean-Claude Brialy, date de 1984. Continuer la lecture

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Modigliani et son dealer attitré occupent l’Orangerie

Rien que pour ce masque du 18e siècle en provenance du Gabon, un saut à l’Orangerie se justifierait. Sa spiritualité expressive n’a de pair que son élégance. On peut le voir en ce moment-même dans le cadre de l’exposition qui vient d’ouvrir à l’Orangerie avec pour thématique Amedeo Modigliani (1884-1920) et son marchand Paul Guillaume (1891-1934). L’un était sculpteur et les deux aimaient les sculptures, ce qui fait qu’outre les peintures on trouve tout au long de la scénographie des sculptures, de la main de Modigliani ou non. Jusqu’en 1913 au moins, Modigliani sculptait presque exclusivement avant de se consacrer à la peinture et de produire des centaines de tableaux. Avec un style si particulier, dans le traitement et les couleurs, qu’il n’est pas besoin de consulter la signature pour attribuer chacune des toiles à son auteur. Il est mentionné sur place et au conditionnel que c’est par l’intermédiaire du poète Max Jacob (1876-1944) que Paul Guillaume aurait fait la connaissance de Modigliani. Néanmoins il en avait sûrement entendu parler bien plus tôt via Guillaume Apollinaire, son accompagnateur dans le monde des arts. Et gageons  qu’il n’a pu manquer la première exposition monographique consacrée à l’artiste en 1917 à la galerie Berthe Weill (1). Continuer la lecture

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Un vélo pour objectif

À dix-sept ans, en 1939, Ruth Orkin avait déjà quelques idées. Elle était partie de chez ses parents à Los Angeles afin de rejoindre Boston en vélo. Elle n’avait pas fait tout le trajet en deux-roues mais elle en avait tout de même emmené un afin de visiter plus commodément les villes traversées. Une fois quand même, elle fit 180 kilomètres d’une traite, jusqu’aux limites de ses capacités physiques. Elle dormait dans les auberges de jeunesse. Son but originel était de rejoindre l’exposition universelle de New York, car il faut toujours déclarer un but à ceux qui restent et à ceux que l’on croise. Maints écrivains -dont Steinbeck- ont prouvé ce faisant que c’était un excellent moyen d’attirer les encouragements et d’éviter la réprobation. En fait, le périple s’est progressivement transformé en reportage photographique avec cette originalité de traitement consistant la plupart du temps à placer le cadre du vélo au premier plan comme sur cette vue de Washington ci-dessus. L’innovation se trouve souvent chez les amateurs, soit par accident soit par inspiration, ce qui est en l’occurrence le cas. Devenue ce qui s’appelle une grande photographe, Ruth Orkin (1921-1985) est actuellement exposée à la Fondation Henri-Cartier Bresson à Paris. Continuer la lecture

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Bol d’art à Nogent-sur-Marne

Au 16 de la rue Charles VII, à Nogent-sur-Marne, dans une élégante bâtisse un peu en retrait, se trouve un centre d’art contemporain apprécié des Nogentais et de quelques initiés, mais plutôt méconnu du grand public : la MABA (Maison d’Art Bernard Anthonioz). À raison de trois expositions thématiques par an, tels des rendez-vous épousant le fil des saisons, la MABA met à l’honneur les artistes contemporains. Monographies et expositions collectives sont, tour à tour, dédiées au design graphique -fait suffisamment rare pour être souligné-, à l’image, sous toutes ses formes, et à un thème d’actualité. En ce début d’automne, nous pouvons donc contempler le travail (ci-contre) de la designer graphique Alice Gavin, 36 ans. Plus loin, au numéro 14, dans la majestueuse demeure mitoyenne du XVIIIe siècle transformée, en 1945, en maison de retraite, la Maison nationale des artistes propose concomitamment des expositions de ses résidents. Actuellement, c’est au tour de la tisserande Simone Prouvé, 92 ans, d’exposer ses tapisseries. Les deux lieux étant côte à côte (1), la visite d’une expo implique irrémédiablement d’aller faire un tour chez sa voisine. D’autant plus que l’ensemble donne sur un magnifique parc arboré de 10 hectares. La sortie culturelle prend alors d’agréables airs bucoliques… Continuer la lecture

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Exhumation surprise d’un archidiacre

Où il est question d’un jeune homme vivant de l’air du temps, dans les années vingt, en Angleterre. William Caine écrit d’abord que son personnage est remarquablement beau, ce qui amène le lecteur à envisager le sieur Dunkle avec un a priori favorable. Mais la suite prouve que cette introduction est trompeuse, nous voilà eus: « Ses cheveux d’ébène, soigneusement gominés et tirés en arrière depuis son large front, évoquaient d’abord par leur aspect luisant et leurs fines nervures longitudinales, le dos d’une limace (…) ». La prose féroce, typiquement anglaise, fait mouche. Et nous voilà parti à la recherche de « Qui a écrit Trixie », le titre d’un ouvrage tout à fait oublié comme son auteur et pour la première fois édité en français, aux éditions Les Feuillantines. Derrière cette narration où l’on redécouvre le plaisir de déguster, dilués dans l’humour, la méchanceté, la morgue, le mépris, la malveillance en un mot, se cache une initiative originale. Celle d’un nouvel éditeur ayant trouvé comme moyen de débarquer sur un marché déjà bien encombré, un biais original. En l’occurrence aller chercher dans la bibliothèque des grands écrivains, des livres rares parce qu’oubliés. Continuer la lecture

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Avoir la patate

Apothicaire aux armées, Antoine Parmentier s’était retrouvé, en 1763, deux semaines prisonnier des Prussiens, pendant la Guerre de sept ans. Sa nourriture principale constitua alors en une plâtrée quotidienne de kartoffeln bouillies. Curieux de nature, il s’informe. Le nom dérivait de l’appellation donnée au produit par un botaniste autrichien : taratufli, c’est-à-dire petite truffe. Depuis un arrêt de Frédéric II, en 1756, la culture et la consommation du tubercule étaient devenues obligatoires. La population en avait pris l’habitude, comme moyen de pallier les conséquences des pénuries de céréales, les années de mauvaises récoltes. Rentré chez lui, Parmentier transforma cette expérience en idée fixe. La pomme de terre, puisque c’est d’elle dont il est ici question, n’était pas inconnue dans le royaume. Elle servait à la nourriture du bétail, des miséreux et des soldats en campagne, à défaut d’autre chose. Car sa réputation s’avérait exécrable. Son apparence la rapprochait de la mandragore, racine satanique. Ne coûtant rien et ne rapportant rien, elle ne supportait aucune taxe, et notamment la dîme ecclésiastique. Le Parlement de Paris, en 1748, en avait interdit l’exploitation, l’accusant de répandre la lèpre. Continuer la lecture

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Seule contre une Big Pharma

Il y a juste deux ans, la chaîne Disney+ diffusait la série « Dopesick »  crucifiant la famille Sackler propriétaire de «Purdue Pharma», une big pharma américaine responsable d’une gigantesque addiction aux opiacés. De quoi s’étonner que depuis août dernier, Netflix diffuse avec succès la minisérie « Painkiller » (antidouleur) sur le même thème. Mais il faut savoir que cette épidémie de puissant antidouleur opiacé atteint des proportions inégalées aux États-Unis depuis une quinzaine d’années, illustrées par le chiffre de 300.000 morts. Il faut aussi rendre à César ce qui est à César: les créateurs américains possèdent un vrai talent pour ce genre de séries basées sur des faits réels et nous en font saisir toute l’horreur. Peut-être faut-il avoir mis le pied aux États-Unis pour comprendre les proportions que les déviances du système peuvent atteindre, d’où la quasi-impossibilité d’y remédier, alors que chez nous on aime se bercer d’illusions. Autre talent US remarquable, celui de mêler réalité et fiction au point de nous rendre incapables de saisir ce qui relève de l’une ou de l’autre, en nous maintenant sur des charbons ardents: jusqu’où vont-ils donc aller dans les révélations sur les turpitudes des vrais méchants? Continuer la lecture

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Saga bleue

Emanuel Haldeman-Julius avait le flair des grands éditeurs. Il n’hésitait pas à changer carrément le titre des ouvrages des grands auteurs qu’il publiait. Et avec quelle radicalité! Ainsi « The talow ball » de Maupassant (Boule de suif) fut transformé en « A french prostitute’s sacrifice », ce qui se comprend sans traduction. En érotisant un brin les titres de ses collections, l’éditeur américain faisait tomber les dollars. Ce qui fait aussi que « The Fleece of gold » de Théophile Gautier (La toison d’or) fut remplacé  par « The quest for a blonde mistress ». Et dans le registre des auteurs anglophones, Haldeman-Julius transforma « Essais sur Joseph Conrad et Oscar Wilde » en « Un navigateur et un homosexuel ». C’était plus vendeur et à chaque fois les chiffres lui donnaient raison. Et comme l’on pouvait avoir vingt des Little Blue Books pour un dollar seulement, l’idée consistait à en acheter 19 « normaux » et en insérer un de plus à connotation érotique pour plus de discrétion. Cela se passait dans la première partie du 20e siècle, en Amérique. Et la saga bleue de cet éditeur hors du commun vient de paraître aux éditions de l’Échappée dans une présentation naturellement blue. Continuer la lecture

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Double langage au Luxembourg

Lorsque Picasso réalise cette étude en vue de la finalisation des « Demoiselles d’Avignon », il connaît Gertrude Stein depuis peu. Américaine, juive, lesbienne, argentée, massive, pratiquant l’écriture poétique, elle a joué un rôle important dans l’art moderne depuis son arrivée à Paris entre 1903 et 1904. C’est en 1907 que les « Demoiselles d’Avignon » voient le jour et c’est aussi pour Gertrude Stein (1874-1946) le moment où elle rencontre Alice B.Toklas qui devient assistante, amante, cuisinière émérite (1) et écrivain à l’humour abrasif. Stein pratiquait le Musée du Luxembourg lorsqu’elle habitait juste à côté rue de Fleurus, là où elle recevait la fine fleur des artistes post-impressionnistes. Le même musée lui rend en ce moment hommage en valorisant sa relation avec Picasso (1881-1973). Au bout d’un nombre substantiel d’heures de pose, ce dernier exécutera un portrait de Gertrude légendaire, peu avant la poussée irrésistible du cubisme. D’aucuns ont pu écrire que l’artiste avait accentué la laideur du modèle, c’est une position injuste. Le résultat est aussi subtil que magistral. Continuer la lecture

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Rose Valland, pour l’amour de l’art

Rose Valland occupait déjà une place importante dans le précédent roman d’Emmanuelle Favier, “La Part des cendres” (1). Aux côtés de la comtesse de Ségur, Stendhal, Virginia Woolf ou encore Marguerite Yourcenar, elle figurait parmi les nombreux personnages de cette gigantesque épopée dans laquelle un petit coffret nous faisait traverser deux siècles de guerres et de spoliations. Tandis qu’Hitler envoyait Goering réquisitionner des œuvres entreposées au Jeu de Paume pour son futur grand musée national de Linz, l’attachée de conservation Rose Valland (1898-1980) en dressait secrètement la liste, à ses risques et périls. Avec “Le Livre de Rose”, paru ces jours-ci, Emmanuelle Favier resserre son étude autour du personnage de Rose. Sous la forme d’un journal d’enquête, et dans un subtil jeu de miroirs, l’auteure du “Courage qu’il faut aux rivières” (2) nous emmène à la découverte de cette résistante aussi discrète que tenace. Une belle mise en lumière d’une femme singulière et fascinante qui œuvra toute sa vie pour l’amour de l’art. Continuer la lecture

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