En accord avec les galeries des Beaux-Arts de Belgique, le musée Marmottan expose jusqu’au 3 février une quarantaine de toiles d’artistes flamands (plus ou moins connus) du XVIIème siècle. Une sélection de peintures baroques pour tous les goûts.
Il y a d’abord la peinture d’histoire. Un détail du tableau « Saint Matthias » mérite qu’on s’y attarde. Il s’agit du manuscrit que tient l’apôtre dans sa main gauche (donc à droite du tableau). L’artiste (Artus Wolffort) est parvenu à rendre sur les pages la pression qu’y exercent les doigts de l’évangélisateur. Quelle finesse dans le gondolé du vélum des feuilles, quelle éclairage porté sur le parchemin au point d’être à même d’en distinguer l’écriture !
Dans la série des portraits, impossible d’échapper aux imposantes représentations d’Albert et Isabelle de Habsbourg par Rubens. L’archiduc et l’archiduchesse d’Autriche posent pour l’éternité avec l’élégance guindée qu’imposait le port de la fraise. Une fraise à hauts plis et godrons empesés dont le peintre catholique exprime à merveille la rigidité gaufrée. L’exposition se poursuit avec des « scènes de genre », des toiles décrivant des comportements excessifs «dans le but de faire sourire et de rappeler les règles de la bonne conduite chrétienne », nous explique-t-on. Avec « Le roi boit », on est servi ! Le peintre (Jacques Jordaens) a imaginé une libation d’une caricaturale irrévérence.
On y voit verres et pichet levés en chœur par un groupe d’individus aux tronches hilares et vermillonnées entourant un roi de pacotille, faciès aviné et tête couronnée de carton. En posture moins royale que joviale. L’œil attentif remarquera l’ivrogne titubant qui vomit dans l’angle inférieur gauche du tableau. Il s’amusera de noter les galettes au feuilleté rebondi qui figurent sur la table. Les galettes du roi, voilà qui éloigne de la symbolique religieuse de l’Epiphanie ! Dans la série des « scènes de genre », où des singes costumés représentent l’être humain (jamais à son avantage, hélas pour Darwin), la grivoiserie brossée monte d’un cran : « Joyeuse réunion » (de Nicolas van Veerendael) scénarise un festin de primates dépravés dans une auberge aux allures de bordel à voir la robe retroussée de la guenon centrale.
Avec la série paysages, Marmottan tourne le dos aux péchés capitaux et présente une toile magnifique qui accapare l’œil du visiteur, sitôt entré dans sa salle d’exposition. Le tableau reproduit l’intérieur de l’église anversoise Saint-Charles-Borromée. L’édifice, qu’en son temps Rubens décora aidé de son jeune et talentueux élève Van Dyck, est représenté dans toute sa hauteur, de son plancher à damiers à son plafond à caissons. Vertigineuse dimension qui transporte le visiteur aux temps des cathédrales.
La lumière entre à flots dans l’édifice, qui fait reluire le marbre des colonnes et ressortir le blanc de l’échiquier. Pour réaliser sa toile, l’artiste (Wilhelm Schubert von Ehrenberg) s’est résolument posté en un point excentré du bâtiment. L’angle de vue choisi permet au regard de percer les monumentales colonnes érigées en doubles arcades superposées, et donc d’apercevoir les décorations des murs latéraux. Etant ainsi à même d’apprécier le sens de la perspective du maître et son art d’évoquer les lambris et caissons muraux, le visiteur gagne sur les deux tableaux.
En outre, avec cette vue en plongé-décentré en direction du chœur, même l’imposante chaire de vérité ne parvient pas à entamer la peinture qui surmonte le maître-autel. Le paysagiste a opté pour peindre le monument peu fréquenté.
L’œil ne s’égare donc pas dans des personnages arborant des vêtements chatoyants. Les quelques fidèles qui déambulent dans l’édifice, comme là pour l’échelle, n’en font qu’accentuer l’écrasante démesure. Le tableau livre ses différents trésors selon le point de vue duquel on se place, aussi le regard peine-t-il à s’en détacher. De cette toile de maître se dégage une impression d’élévation, d’illumination et de sérénité. D’autres toiles (notamment du même peintre) ont immortalisé cette église baroque de 1615 dédiée au fondateur de l’ordre des Jésuites. Aucune n’est à nos yeux à même de rivaliser.
A Amsterdam, un chiffre m’a sidéré, sur la peinture flamande… Il a été estimé que plus de 1.300.000 peintures ont été réalisées durant la période entre 1640 et 1660. En grande majorité des peintures religieuses. C’est fou, non?
Oui c’est impressionnant. PHB