Il y a un moment, sur une île, où l’on se heurte à ses propres limites. On regarde la mer, sans se rendre compte qu’elle aussi nous regarde, un peu trop fixement, jusqu’à ce qu’on ne sache plus très bien ce que l’on voit. C’est cette sensation, familière à quiconque a vécu sur un petit bout de terre entouré d’eau, que le poète mauricien Yusuf Kadel a réussi à capturer dans un recueil au titre étrange et magnifique: « Soluble dans l’œil ». Le titre, à lui seul, vaut le détour. Un œil qui se dissout. Pas un œil qui voit loin ou qui voit bien, mais un œil qui fond, qui se défait, comme si regarder trop intensément finissait par abîmer ou bien transformer le regard lui-même. Dans ces poèmes, l’horizon n’est jamais tout à fait là où on l’attend. Les montagnes bouchent la vue d’un côté. La mer, de l’autre, brouille tout. On se sait plus où s’arrête l’eau, où commence le ciel, où commence soi-même? On pourrait penser que c’est frustrant, presque étouffant, d’être sur une île et ne même pas pouvoir se raccrocher à une ligne claire au loin. Et pourtant, en lisant ces textes, on a une impression inverse. Ce n’est pas un livre qui se sent enfermé. C’est un livre qui trouve, justement dans cette fermeture, une autre manière d’être immense. Continuer la lecture
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