Christkindelsmärik (et le point Godwin)

Donc, selon France Info, le 10 décembre 2025, les marchés de Noël constitueraient « une tradition réhabilitée par les nazis ». Ce qui ne contribue pas à renforcer le côté glamour de la manifestation. Le journaliste auteur de cette chronique ne pouvait feindre d’ignorer les effets délétères d’un tel apparentement. Au reste, devant les protestations indignées de certains auditeurs, son évocation historique a rapidement été retirée. Le journal l’Humanité du lendemain, confirmant l’ affirmation, a démasqué, derrière cette disparition, la main occulte de l’extrême droite. Certes, les marchés de Noël sont, incontestablement, une tradition d’origine germanique, depuis le premier, authentifié, à Dresde, en 1434. Certes, en 1933, le maire de Nuremberg, Willy Liebel, en avait souligné le caractère de « fête nationale appartenant à l’héritage allemand », plutôt que la mémoire de Saint Nicolas ou de la venue au monde du Christ. Il convient toutefois de reconnaître aux nazis pur jus une tendance plus affirmée à la célébration du Solstice d’hiver qu’à celle des momeries chrétiennes. Continuer la lecture

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Emmanuelle Devos, la désabusée

C’est dans la façon dont elle observe les êtres et les choses, surtout les êtres, qu’Emmanuelle Devos s’impose. Comme dans « La vie domestique » qui sera dès mercredi, diffusé par Arte. On la voit assise lors d’une soirée de bourgeois banlieusards, écouter avec une sorte de stupéfaction calme et muette, les sottises sexistes de son hôte et les banalités des autres commensaux. D’une manière plus générale, on regarde son stoïcisme, sa moue boudeuse, le tout teinté d’un voile de consternation, devant les formules convenues qui sortent de la bouche des convives, y compris son mari. Dans ce film sorti en 2012, Isabelle Czajka, dépeint la société des banlieues aisées mais stériles, le décor bien sûr avec de jolies villas cernées de pelouses impeccables, mais surtout le quotidien de quatre femmes ayant arrêté de travailler pour élever leurs enfants, conférant à leurs maris respectifs un rôle d’une importance anormale. Juliette (Emmanuelle Devos) incarne une femme qui semble prise au piège de ce quotidien sans surprises, de cette mécanique bien huilée de la vie respectable, entre bonnes écoles, séances désespérées chez le coiffeur et maris ni drôles ni spirituels mais qui tentent de l’être. Continuer la lecture

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Quand Lou prenait ses précautions

C’est ce que l’on appelle des directives anticipées, mais pas un testament. C’est ce que Louise de Coligny-Châtillon avait d’ailleurs précisé en tête d’un document rédigé à l’automne 1961, deux ans presque jour pour jour avant son décès. Cet autographe, qui sera mis aux enchères lundi à Drouot, contenait surtout un avertissement formel. Car Lou, l’amante incandescente de Guillaume Apollinaire, avait insistait-elle, une « très grande crainte » d’être enterrée vivante. Née le 30 juillet 1881 à Vesoul et morte le 7 octobre 1963, Louise de Coligny, que Wikipédia présente comme une aviatrice qu’elle avait été, réclamait que son médecin fût présent le jour dit, afin de vérifier l’état de son cœur et lui injecter une dose d’adrénaline dont on ne sait si c’était pour la réanimer ou l’achever, le texte n’étant pas clair sur ce point. Elle enchaînait par des dispositions à prendre concernant sa présentation, comme le fait d’être habillée d’un pyjama de soie blanche. Sans oublier un Christ d’ivoire, un chapelet, des roses rouges étalées sur le cercueil, un portrait de Charles Cousin (son notaire), entre autres choses, mais pas de petit en-cas et encore moins d’opium pour rêver, vu qu’il devait être bien établi qu’elle serait alors morte pour de bon. Continuer la lecture

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Les dividendes de l’inconfort

Quand une femme de marin guettait sur la grève le retour de son mari parti pêcher le thon en haute mer, elle était en quelque sorte et par avance, l’allégorie vivante de la « zone de confort ». Disons qu’au début du siècle dernier, l’expression ne saturait pas encore les conversations ineptes et que le mari en question, quittant le doux foyer, n’en faisait pas un concept de trois minutes bon à rajouter dans un CV vidéo. C’est donc une expression de plus à supporter ces dernières années. Et personne n’a trop l’air de se demander si le plus intelligent ne serait pas de rester là où l’on se sent bien. L’aspect un peu idiot de la chose est que « sortir de sa zone de confort » aurait l’air de dire qu’il y aurait un bénéfice à gagner des espaces plus précaires. Alors que l’on pourrait très bien quitter la zone en question afin de rejoindre un club de vacances encore plus confortable, avec buffet à volonté et beau temps garanti par contrat. Puis y mourir enfin, en vue de débarquer à l’altitude suprême où l’extase se substitue au confort, dans une montée en gamme éternelle, vers des mondes séraphiques où tout le monde est copain. Continuer la lecture

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Masque et refosco

Sans doute vers la toute fin du 18e siècle ou au tout début du suivant, un comte aimait se promener dans Venise, afin de jouir plusieurs mois d’affilée, de la « liberté » de circuler masqué. Tout en regrettant le Venise d’antan avec  « ses vaisseaux, ses galères, ses fêtes admirables », le comte Pastinati, se disant né en 1761, avait couché de sa plume un bref éloge du masque sur du papier. L’accessoire, un maschera de couleur blanche, s’accompagnait d’un manteau de taffetas noir nommé tabaro et d’un capuchon de dentelle intitulé baüta, sans compter le port d’un chapeau. Habillé ainsi, on pouvait s’adonner à la scopophilie, soit la satisfaction de tout regarder possiblement sans être vu. En même temps l’on peut se dire à quoi bon, si la plupart des Vénitiens circulaient tous masqués, mais les mémoires du comte n’allaient pas jusqu’à ce paradoxe, préférant le noyer dans un verre de refusco, vieux cépage du Frioul-Vénétie. Il se trouve que toutes ces considérations étaient couchées dans un journal de bord que l’écrivain Henri de Régnier (1864-1936) trouva par hasard, oublié sous le siège d’une gondole, un jour qu’il se rendait à Murano pour voir un miroir à vendre dont on lui avait vanté la qualité. Continuer la lecture

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Le souvenir de Déodat de Séverac

« Séverac fait de la musique qui sent bon! »,  déclarait Debussy à propos du compositeur occitan Déodat de Séverac  (1872-1921) dont le prénom lui-même (Déodat, variante locale de Dieudonné) fleure bon le terroir. Né à Saint-Félix-Lauragais (Haute Garonne), Séverac se forma à Paris auprès de Vincent d’Indy, avant de s’installer en 1910 à Céret (Pyrénées orientales), à une dizaine de kilomètres de la frontière espagnole.  Dans cette petite ville catalane de 8000 habitants, il allait croiser un certain nombre de jeunes artistes de première importance, attirés par la beauté et le climat du lieu. Le sculpteur barcelonais Manolo Hugué, dit Manolo, avait ouvert la voie. Il y avait invité son grand ami Picasso qui y fit plusieurs longs séjours, souvent en compagnie de Georges Braque.  L’Espagnol Juan Gris s’y rendit également, ainsi que le peintre Auguste Herbin, venu du nord de la France. En quelques années, la ville de Céret devint « La Mecque du Cubisme », selon l’expression d’André Salmon.  Le musée de la ville, ouvert dans les années 1950, renferme quelques-uns des plus beaux tableaux ou sculptures de cette période d’exception. Continuer la lecture

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Mathurin Méheut à la une

Ils en avaient de la chance les écoliers en 1936, lorsqu’ils étudiaient la géographie. Le géographe Jean Brunhes, pour la conception de son cours supérieur, était parti du principe que cette matière devait être attrayante, cartographie comprise. Concernant les vues de paysages du monde, il avait mobilisé l’artiste Roger Broders, lequel s’était employé à réaliser des représentations de paysages propres à faire rêver un petit garçon ou une petite fille. L’autre aspect extraordinaire de cette édition destinée au primaire et qui en apprendrait sûrement de nos jours à des diplômés de Sciences Po, c’est que pour sa couverture et sa quatrième de couverture, l’artiste breton Mathurin Méheut (1882-1958) fut mobilisé. En l’occurrence afin d’illustrer la mer, surface du globe à laquelle Jean Brunhes accordait une grande importance stratégique. En haut à gauche de cette illustration de prestige, figurent d’ailleurs dans un cercle les deux « M » enlacés, signature bien connue de ce natif de Lamballe dans les Côtes d’Armor. Continuer la lecture

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Deuils de stars

Là où il aurait fallu Jacques-Bénigne Bossuet (1), il y eut Emmanuel Macron et Rachida Dati. Le Président de la République, relevant que Brigitte Bardot « incarnait une vie de liberté », précisa « nous pleurons une légende du siècle ! ». La ministre de la Culture, de son côté, salua « une icône parmi les icônes », qu’elle jugea « follement libre et tellement française, finalement! ». Leurs commentaires ouvraient, ce 28 décembre 2025, un deuil médiatique. Il s’agit d’un cérémonial rarement pratiqué dans son intégralité. Toute vedette défunctant, n’y accède pas nécessairement. La sélection, rigoureuse, se fonde sur des critères très sélectifs, personnalité suffisamment typée, silhouette immédiatement identifiable, carrière légendaire, surnom devenu synonyme, répertoire poly-diffusé, inscription au registre des gloires nationales empaillées de leur vivant… À l’instar de Jean-Philippe Smet, Brigitte Bardot bénéficiait de cet adjectif. On disait « notre B.B nationale », comme « notre Johnny national ». Elle était l’ultime, depuis le départ de Belmondo et Delon. Continuer la lecture

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Avis de congés sans solde

Quand Guillaume Apollinaire écrivait qu’il souhaitait dans sa maison « une femme ayant sa raison, un chat passant parmi les livres » et « des amis en toute saison », on comprend bien, dans cet extrait du « Bestiaire », qu’il s’agissait d’un vœu. Cette chose que l’on exprime beaucoup pour Noël et la fin de l’année. Lorsque nous souhaitons, il s’agit bien de la plus faible expression de notre volonté et l’entendeur ne s’en sentira nullement obligé. Si Apollinaire au contraire avait « exigé », une « femme ayant sa raison », il aurait exprimé au passage un peu de mauvaise humeur. S’il avait enjoint un interlocuteur de lui fournir « des amis en toute saison » avec menace de pénalités de retard et mobilisation d’un huissier, tout le monde aurait été d’accord pour noter un net changement de ton. Et en cas de sommation, il y aurait eu échange de bristols, convocation sur le pré avec le choix des armes et témoins certifiés. C’est pourquoi nous vous informons cher lectorat des Soirées de Paris, avec toute l’aménité requise, que nos publications s’interrompent céans et reprendront dès le 5 janvier, tout en vous priant d’agréer nos bonnes pensées pour vous et vos proches. PHB Continuer la lecture

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Le billard fiscal

Il valait mieux jouer au billard à Tarascon plutôt qu’à Paris. Dans le premier cas la taxe était de 15 francs, dans l’autre elle grimpait à soixante. En 1871, année de la Commune, il s’agissait de trouver de nouveaux impôts et, ce faisant, de déterminer les signes extérieurs de richesse. Comme quoi la créativité en la matière ne date pas d’hier, au moment où se déchaînent les imaginations dans le but de capter toujours plus de blé. Le billard était donc un marqueur et l’idée était de « frapper l’aisance des particuliers » ayant suffisamment d’espace pour en avoir un. C’est pourquoi, ainsi que l’explique un « Guide du contribuable » remontant au tout début du 20e siècle, le législateur dans sa sage mansuétude, avait pris en compte qu’il était moins cher pour la pratique du billard, de disposer d’espace en province et que par conséquent, le prélèvement se devait d’être allégé par rapport aux grandes villes. Édité par la maison Vermot « Le manuel du contribuable, guide sûr pour tous dégrèvements », avait pour auteur est un certain Jean Fisc, histoire de se détendre. Il démontrait page à page, la soif inextinguible de l’État, en cette matière toujours d’actualité. Continuer la lecture

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